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Pierre Ernault
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Pierre Ernault
Informations générales
Nom complet Pierre Jean Ernault
Naissance 29/10/1921
Engagement FNFL 25/02/1943
Matricule 96B39 puis 87FN43
Stage Commando Achnacarry 4
Badge 87
Première présence attestée au commando 26/06/1943
Affectation 6 juin Troop 8
Âge 91 ans
Itinéraire
Affectations


Né au Mans le 29 octobre 1921, Pierre Ernault est un ancien membre du 1er BFMC. Cette biographie est basée sur son témoignage recueilli par Hervé Farrant.

Introduction Modifier

Je m'appelle Pierre Ernault. Je suis né le 29 octobre 1921 au Mans, chef lieu du département de la Sarthe. Je suis l'aîné d'une fratrie de trois frères et d'une sœur. Mon père est cheminot à la gare du Mans. Plus disposé pour le sport et l'activité physique, je manifeste peu d'intérêt aux études scolaires. Après mon certificat d'études primaires, j'exerce différents petits boulots et me désintéresse de l'agitation politique et sociale qui secoue la France.

La Marine Nationale Modifier

Après les humiliants accords de Munich en 1938 et les revendications belliqueuses et tonitruantes du chancelier Hitler, je sens venir la guerre et la croit inévitable. Je souscris un engagement de 5 ans dans la Marine Nationale et rejoins le 17 juillet 1939, le 5ème dépôt des équipages de la flotte à Toulon. Après une visite médicale et une séance de vaccination suivis de tests intellectuels et psychologiques, je perçois mon sac de marin. Je marque à l'encre indélébile mes effets d'habillement à l'aide d'une plaque de fer gravée à mon matricule le 96 B 39.

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Pierre Ernault, apprenti marin est à droite

Ma nouvelle « bible » est le manuel du marin. Je découvre les charmes du hamac, des inspections de sac et les rudiments de l'ordre serré, du maniement du fusil. Je m'initie au matelotage et au vocabulaire imagé et coloré de la Marine. A la fin de mes classes, je choisis la spécialité de canonnier.

La déclaration de guerre Modifier

Le 1er septembre 1939 à 04h45, le IIIème Reich envahit la Pologne. Le même jour, la France mobilise et le 3 septembre déclare la guerre à l'Allemagne hitlérienne. Je suis confiant. L'armée française, auréolée de sa victoire de 1918, protégée par la redoutable ligne Maginot et sa puissante flotte de combat, n'est elle pas la première puissance militaire d'Europe ?

Le cuirassé Courbet Modifier

Le 5 septembre 1939, je suis affecté sur le vénérable cuirassé Courbet transformé en navire-école de canonnage. Le bâtiment est armé de six tourelles doubles de 305 mm, de vingt deux canons de 140 mm et de quatre canons de 47mm. Avec mes camarades apprentis canonniers, nous partageons notre temps entre l'instruction théorique et pratique de l'artillerie d'un cuirassé, des tourelles aux soutes à munitions, entrecoupés d'inspections de tenues, de postes de propreté, de corvées de vivres ou de matériel. La corvée la plus redoutée est la corvée de charbon. Une chaîne humaine du bastingage aux soutes s'étale dans les entrailles du vieux Courbet. Les briquettes de charbon d'une dizaine de kilo passent de mains en mains. Nos corps sont couverts d'une pellicule de suie, cette poussière noirâtre imprègne nos poumons, les coursives, les postes équipages et l'intérieur de nos caissons individuels. Un gigantesque poste de propreté conclut cette épuisante journée.

Ma rencontre avec Yvonne Modifier

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En escale à Brest, place du château, P.Ernault à droite

Au cours d'une permission, je fais la connaissance d'une jeune fille âgée de 18 ans. Yvonne est originaire de la commune de Ploudalmézeau. Nous nous trouvons immédiatement beaucoup d'affinités. Ensemble, nous faisons des projets.

Le contre-torpilleur Valmy Modifier

Le brevet élémentaire de canonnier acquis, je suis affecté le 1er mars 1940 sur le contre-torpilleur Valmy. Le Valmy est armé de cinq pièces d'artillerie de 138mm et de lance-torpilles. Nous sommes deux cents hommes d'équipage. Nous protégeons et surveillons la navigation commerciale et escortons les convois de ravitaillement et les renforts de troupes entre l'Afrique du nord et les ports français de la Méditerranée et de l'Atlantique.

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A Toulon, Pierre Ernault est le deuxième à gauche

L'invasion de la France Modifier

Après neuf mois de drôle de guerre, le 10 mai 1940, l'armée allemande se rue sur la Belgique, le Luxembourg et la Hollande et perce à Sedan. Quelques jours plus tard, la bataille et l'évacuation de la poche de Dunkerque débutent... Les nouvelles du front sont désastreuses. L'incroyable, l'inimaginable se produit, l'armée française malgré son héroïsme recule. L'ennemi, irrésistible, s'enfonce à l'intérieur du territoire national. A bord du Valmy, l'incrédulité domine...

Combats contre l'Italie Modifier

Le 10 juin 1940, lâchement, l'Italie mussolinienne déclare la guerre à la France et à la Grande Bretagne. Le 13 juin, des avions italiens bombardent sans succès la rade de Toulon. Dans la soirée, sous le commandement de l'amiral Duplat, nous appareillons en direction du port de Gênes. Cette 3ème escadre est composée des croiseurs Colbert, Algérie, Foch, Dupleix, de 10 autres contre-torpilleurs, de 4 sous-marins. L'ensemble est protégé par 6 escadrilles de bombardement et d'un groupe de chasse. A bord du Valmy, l'excitation est à son comble. Le 14 juin nous bombardons les installations portuaires de Gênes avec succès. Nous regagnons intacte, enthousiaste, le moral au beau fixe, le port de Toulon.

L'armistice de juin 1940 Modifier

Le 17 juin, Paris est déclaré ville ouverte. Le maréchal Pétain annonce à la radio qu'il fait à la France le don de sa personne et ordonne de cesser le combat. Désemparés, avec résignation, certains avec soulagement acceptent la défaite. Je suis découragé, démoralisé. Le journal local « Le petit provençal » publie l'appel d'un général inconnu nommé De Gaulle. Il nous invite à poursuivre le combat et affirme que la défaite n'est pas définitive. Le 21 juin, le déshonorant armistice de Rethondes est signé. Avec des camarades du Valmy, humiliés, outragés par les conditions honteuses de l'armistice, refusant la défaite, nous décidons de continuer le combat et de rejoindre par tous les moyens le général De Gaulle.

Mers-El-Kébir et Dakar Modifier

Le 3 juillet 1940 à Mers el Kébir, la Royal Navy ouvre le feu sur l'escadre française. Des les premières salves, le cuirassé Bretagne saute et chavire entraînant dans la mort 977 marins. Le Provence et le Dunkerque touchés également s'échouent. Au total, 1300 marins français sont tués ou disparus. Ce massacre perpétué par nos anciens frères d'armes nous submerge d'indignation et de colère. La haine de l'Angleterre est à son zénith. En septembre de la même année, une force maritime anglo-gaulliste attaque Dakar, capitale de l'Afrique Occidentale Française. Les sous-marins Persée et Ajax disparaissent corps et bien. Le contre-torpilleur Audacieux, victime d'une avarie de combat, s'échoue. Le calvaire de la Marine continue... Ecoeuré au plus haut point, mon enthousiasme de reprendre le combat chez les gaullistes s'émousse...

Le Valmy à Beyrouth Modifier

En 1941, le Valmy est basé à Beyrouth sous les ordres du contre amiral Gouton. Cette force maritime dite du « Levant » est composée de 2 contre-torpilleurs : le Valmy et le Guépard (3ème division de contre-torpilleurs), de la 9ème division de sous-marins : le Caïman, le Marsouin et le Souffleur, d'un vieil aviso l'Elan et de quelques vétustes dragueurs.

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Pierre Ernault et un camarade sur le Valmy à Beyrouth


La guerre fratricide de Syrie Modifier

Début juin 1941, des forces gaullistes et britanniques, face aux troubles en Irak et à l'intervention allemande sollicitent le ralliement de la Syrie et du Liban à la France Libre. Le général pétainiste Dentz, haut commissaire de France au Levant, refuse. L'attaque commence à l'aube du 8 juin 1941. Vers 4 heures du matin, nous appareillons avec le Guépard de Beyrouth et escortons deux cargos. Mission accomplie, nous recevons l'ordre de rechercher vainement une force navale anglaise. Le 9 juin, après un bref passage à Beyrouth pour ravitaillement, nous appareillons et bombardons une colonne blindée britannique; puis toujours en compagnie du Guépard, nous prenons le large et en début d'après midi nous sommes au contact de 3 destroyers anglais : le Janus, le Jackal et le Hotsquer. Nous ouvrons le feu les premiers. Notre deuxième salve encadre dangereusement les bâtiments anglais. Ils ripostent, leurs tirs sont précis. Trois obus du Guépard frappent le Janus puis le Jackal. Des croiseurs britanniques surgissent. Le combat devient inégal. Nos soutes à munitions sont à moitié vides. Poursuivis par l'ennemi, nous mettons le cap sur Beyrouth à 30 nœuds en zigzagant, protégé par un écran de fumée. La force navale anglaise se renforçant, les sorties en mer deviennent plus périlleuses. Nous ne disposons plus que de 50 coups de 138mm par pièces. » Le 15 juin, le sous-marin Souffleur naviguant en surface est torpillé par un navire anglais. Il n'y a que deux survivants. Dans la nuit du 15 au 16 juin 1941, au large de Beyrouth, nous sommes brusquement éclairé par des projecteurs de cinq destroyers anglais qui ouvrent le feu. Nous répliquons énergiquement. Après dix minutes de combat sans résultats de part et d'autre, intacte nous rentrons et mouillons devant l'avant port de Beyrouth. Nous appareillons en compagne du Guépard pour secourir le contre-torpilleur Chevalier Paul venu en renfort de Toulon, touché à mort par un avion torpilleur britannique. Nous récupérons l'équipage du Chevalier Paul ainsi que deux aviateurs anglais et regagnons avec le Guépard, sain et sauf le port de Beyrouth. Le 21 juin 1941, le contre-torpilleur de Toulon le Vauquelin vient renforcer la 3ème division de contre torpilleurs. Le 22 juin, le Vauquelin est bombardé par la Royal Air Force, il est indisponible plusieurs jours. Dans la nuit du 22 au 23 juin 1941, ravitaillement en mazout et en munitions fait nous appareillons et sommes interceptés par une importante force navale anglaise. Le combat est inégal, le Guépard est touché sans dommages important, la coque du Valmy est parsemée d'éclats. Nous sommes encadrés par des gerbes d'obus. Nous ripostons au canon et à la torpille. Puis les anglais cessent le feu et abandonnent le combat. Nous saurons plus tard que nos tirs ont endommagé un destroyer anglais. Le 29 juin 1941, nous appareillons toujours aux postes de combat pour le port de Salonique occupé depuis avril par la Wermacht. Au bout de quelques jours, vers le 8 juillet 1941, nous quittons la Grèce pour les côtes libanaises... Repérés par les anglais, nous faisons demi-tour et regagnons Salonique... »

Le Valmy à Toulon Modifier

Le 23 juillet 1941, nous accostons à Toulon sous les acclamations des équipages des navires de guerre amarrés au port Au Liban, un armistice est signé à Saint Jean d'Acre entre les forces anglo-gaullistes et les troupes fidèles à Vichy. Les combats cessent. 37000 soldats et fonctionnaires français quittent le Levant et regagnent par voie maritime la métropole. Quelques milliers de militaires français s'engagent sous l'emblème de la croix de lorraine et vont dans quelques mois se couvrirent de gloire à Bir Hakeim. Dans cette pénible guerre fratricide du Liban, à bord du Valmy, nous avons disciplinés, solidaires et unis fait notre devoir de marins français, mais nos chefs aveuglés se sont trompés d'ennemi. Est-ce les gaullistes, les anglais qui occupent, oppriment, martyrisent et ensanglantent la France et l'Europe ?

La vie quotidienne Modifier

A Toulon, les temps ont bien changé. La vie matérielle est difficile. Les ménagères toulonnaises obsédées par leur subsistance familiale obtiennent après plusieurs heures de queue, quelques denrées de première nécessité. L'atmosphère mélancolique est morose... Un léger sentiment d'hostilité générale au gouvernement vichyssois et même au vieux maréchal Pétain est perceptible... J'échange une correspondance avec ma fiancée Yvonne et mes parents aux moyens de cartes interzones. Malgré la censure pétainiste, des nouvelles alarmantes de la zone occupée nous parviennent. La vie quotidienne, malgré le système D, est tissée d'innombrables difficultés. Les réquisitions, les restrictions alimentaires, les arrestations et exécutions d'otages et de résistants, la chasse aux gaullistes, communistes et franc-maçons, les lois anti-raciales et la servilité à l'occupant du gouvernement de Pétain me réconforte dans mon désir de servir la France Libre.

Embarquement sur le cuirassé Richelieu, 1942 Modifier

Volontaire, je suis affecté à Dakar, capitale de l'Afrique Occidentale Française. Je projette de gagner la Gambie, colonie et enclave britannique au cœur du Sénégal et rallier le général De Gaulle. Le 1er janvier 1942, j'embarque sur le cuirassé Richelieu, amarré depuis juin 1940 au port de Dakar.. Ce magnifique cuirassé d'un déplacement de 43000 tonnes propulsé par six chaudières, armé de deux tourelles quadruples pour dix canons de 380mm et de deux tourelles triples de 152mm m'impressionne par sa puissance et sa beauté. Le Richelieu immobilisé à quai, des exercices d'appareillage, d'alerte, de combat, d'avarie et d'évacuation du bâtiment sont déclenchés par l'état-major du cuirassé. Je m'intègre à l'équipage et au service à bord. Je sympathise avec le canonnier Albert Archieri, gaulliste de cœur rêvant de gagner Londres et de poursuivre le combat. Nous sommes inséparables. Avec mon copain Archieri, nous profitons de nos moments de détente pour nous livrer à d'intenses activités physiques : exercices de musculation dans le hangar à hydravions transformé provisoirement en salle de gymnastique. La marche, la course à pieds et la natation sont notre quotidien. Franchir la frontière gambienne, sans un guide de confiance s'avère périlleux. Des patrouilles françaises aidées par des indigènes surveillent les routes et les postes frontières. Des militaires tentés par la dissidence gaulliste croupissent dans les geôles du gouverneur général Boisson. Avec Archieri, nous enrageons de piétiner tandis qu'ailleurs, des Français Libres combattent sur terre, sur mer et dans les airs. Soupçonnés de gaullisme, nous sommes avec d'autres membres d'équipage dans une atmosphère délétère, surveillés, épiés... La prudence s'impose. Une grande partie de l'équipage du Richelieu, éloignée depuis juin 1940 des réalités de la métropole, victime de la propagande maréchaliste, loin des rigueurs de l'occupation et des souffrances du peuple français voue une admiration sans faille au vieux maréchal.

Le débarquement des alliés en Afrique du nord Modifier

Le 8 novembre 1942, j'apprends une incroyable nouvelle confirmée par la radio. Les forces alliées ont débarquées en Afrique du nord, de Casablanca à Alger. L'espoir renaît. « Ca y est, ça va bouger, on va se battre avec les alliés.» Hélas, les forces françaises placées sous l'autorité de Vichy résistent. Les combats acharnés et intenses vont durer plusieurs jours. La Marine française face à des forces supérieures perd plusieurs sous marins et bâtiments de combat. Des centaines de marins et militaires français sont tués victimes des hésitations et de l'aveuglement de chefs subjugués par leur ambition personnelle. Le 11 novembre 1942, les allemands envahissent la zone libre. Le soir du 15 novembre, à bord du cuirassé Richelieu, des matelots entonnent des chants patriotiques et ne dissimulent pas leur gaullisme. Le 27, la flotte française en rade de Toulon se saborde. Mon ancien navire, le contre-torpilleur Valmy en réparation aux chantiers de la méditerranée à la Seyne sur mer est sabordé par son équipage. Sombre, un fardeau de tristesse me submerge contre les responsables du désastre de Toulon. Fin novembre 1942, les forces aériennes, terrestres et maritimes de l'Afrique Occidentale Française reprennent la lutte aux côtés des alliés.

Le Richelieu à New York Modifier

Début 1943, le Richelieu appareille pour les Etats-Unis pour modernisation de son appareil de combat. Le cuirassé majestueux s'amarre à un quai de l'arsenal de Brooklyn à New York. Le bâtiment est assailli, envahi par une horde pacifique d'ingénieurs, de contremaîtres et d'ouvriers américains. Des tracts bilingues franco-anglais d'obédience gaulliste déposés par des mains anonymes dans les postes équipages nous invitent à rejoindre les Forces Navales Françaises Libres. Une adresse : Comité National Français, 626th avenue, New York. A bord du Richelieu, l'ambiance tendue et explosive oppose les fidèles du maréchal aux sympathisants du général De Gaulle. Des officiers nous mettent en garde contre l'aventurisme gaulliste. Mon choix est fait, je ne serai pas un laissé pour compte de l'histoire.

Ma désertion Modifier

Appel et inspection des permissionnaires. Je salue le pavillon national et descends la coupée et foule pour la première fois le sol des Etats-Unis d'Amérique. Je franchis la porte de l'arsenal et m'engouffre dans les rues de New York. Des civils américains sympathiques et coopératifs me guident vers les bureaux de la France Libre. Un drapeau tricolore à la croix de lorraine flotte fièrement sur le fronton d'un immeuble. Accueil fraternel des représentants du général De Gaulle. Je signe un engagement provisoire dans les FNFL, je suis désormais un marin de De Gaulle. Des dizaines d'officiers mariniers, quartier-maîtres et marins dont mon camarade Archieri, également volontaires pour servir la France Libre désertant le Richelieu sont appréhendés et internés par les autorités américaines à Ellis Island. Le général De Gaulle exigeant leur libération fait appel à Monsieur Arthur Garfield Hayes, célèbre avocat new-yorkais. La presse et l'opinion américaine acquises, procès gagné, mes camarades sont libérés sous les acclamations des civils américaines.

Vers la Grande Bretagne 1943 Modifier

Nous gagnons, confiant, le port canadien d'Halifax et embarquons sur le paquebot Queen Elisabeth reconverti en transport de troupes. Nous accostons le 4 avril 1943 à Greenock, base navale du nord-ouest de l'Ecosse à proximité de la ville de Glasgow.

Mon engagement dans les FNFL Modifier

Le 5 avril 1943, à la caserne Surcouf à Londres, après une visite médicale, je signe officiellement un engagement dans les FNFL. Mon matricule de français libre est le 87 FN 43, puis le 9 avril, j'embarque en attente d'affectation près de Portsmouth à la caserne Bir Hakeim, dépôt des équipages de la Flotte des Forces Navales Françaises Libres.

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Pierre Ernault à Londres en 1943

Engagement FFL

Acte d'engagement de Pierre Ernault dans les Forces Françaises Navales Libres















Mon recrutement chez les commandos Modifier

Une commission doit statuer sur notre avenir. Nous sommes reçus individuellement. Assis derrière une table, trois officiers de marine, aux regards ardents et déterminés, insigne des FNFL sur la poitrine et un quatrième officier, le visage carré, exprimant l'énergie et l'autorité, revêtu du battle dress de l'armée anglaise avec cousu sur sa manche le mot mystérieux de commando. Je dois embarquer fin 1943 ou début de l'année 1944 sur une corvette en construction dans un chantier écossais, d'ici les premiers essais à la mer, j'aurai à Bir Hakeim de quoi m'occuper... Je prends une grande inspiration et rempli mes poumons, j'explose de colère, je veux me battre, en découdre, rattraper le temps perdu, depuis trois ans le monde est en feu, en sang et souffre et je dois piétiner tandis qu'ailleurs des français libres combattent et ici en Angleterre, on me propose un poste de factionnaire ou de planton à l'aubette de la caserne Bir Hakeim... Les visages stupéfiés des officiers me fusillent du regard. Après cette insolence verbale je crains d'être fermement congédié, ma carrière dans les Forces Navales Françaises Libres débute mal... L'officier en tenue kaki, le doigt pointé dans ma direction, d'un ton ferme, sans réplique m'interpelle : je te prends dans mon groupe et surtout ne me déçoit jamais. Sourires complices et confiants des trois officiers de marine des Forces Navales Françaises Libres. Je rectifie la position et prends congé... J'intègre, avec des volontaires dont mon vieux copain Archieri, la Troop 8 en formation sous les ordres de l'officier des équipages Alexandre Lofi. A Eastbourne, petite ville du sud de l'Angleterre, sous les ordres de français brevetés commandos (Trepel, Pinelli, Hulot) des tests physiques sélectifs éliminent les moins préparés.

Le camp d'Achnacarry Modifier

En juin 1943, nous sommes transférés vers la redoutable école des commandos d'Achnarry située au milieu des lacs de l'Inverness Shire. Nos instructeurs, tous des vétérans des raids de Norvège, de Saint-Nazaire, de Dieppe, durs, féroces, impitoyables, infatigables, pointilleux, machiavéliques nous mènent une vie d'enfer, de bagnards, de spartiates. Tout est programmé pour éliminer les moins motivés, les moins forts. Nous vivons dans la hantise de la blessure éliminatoire et dans la crainte d'une défaillance physique. Marches de jour et de nuit parcourues dans un temps déterminé avec havresac sur le dos et fusil, parcours du combattant à tirs réels, épreuves d'endurance contre la faim, le froid, le sommeil, connaissance parfaite de l'armement et des explosifs, combats à l'arme blanche... se succèdent à un rythme effréné. Nos corps meurtris s'endurcissent. Après plusieurs semaines d'un entraînement démentiel, nous sommes une soixantaine à recevoir avec fierté le convoité béret vert. Nos insignes France et Commando cousus sur l'épaule, physiquement et moralement différents, fiers, nous rêvons de revanche. Notre devise est " Unis, nous conquérons."

Le lieutenant de vaisseau Kieffer Modifier

Jusqu'au débarquement, sous le commandement du lieutenant de vaisseau Kieffer tolérant aucun relâchement des énergies, nous poursuivons une intense préparation physique et militaire : marches forcées, traversées de rivières, études approfondies de l'art du camouflage, du combat de nuit et des armes, exercices de débarquement... De ce troupeau de sauvageons, débordant de fougue, de ces lascars venus de nulle part, Kieffer va faire de nous, son commando, un magnifique outil de combat, solidaire, efficace, redoutable et heureux.. Nous sommes conscients qu'un mystérieux et étrange pacte nous lient à Kieffer. Notre chef... De Kieffer nous redoutons ses coups de gueule, ses silences laconiques et ses exigences remarques d'éternel insatisfait. Nous devons être les meilleurs. Notre tenue, notre discipline et nos relations avec les civils et les autorités britanniques doivent être exemplaires. Kieffer avec sa répulsion de la médiocrité, dans son style propre, sans états d'âme et circonstances atténuantes, chasse du commando les indisciplinés, les incapables, les dilettantes. La porte étant grande ouverte, le Pacha ne retient personne...

Commando service certificate

Certificat britannique d'appartenance au commando

La vie en Grande Bretagne Modifier

Privilège des commandos et vieille tradition militaire, nous logeons chez l'habitant et admirons la bienveillante patience de nos hôtes britanniques. J'apprécie le courage, l'abnégation et le flegme du peuple anglais et j'en oublie presque les drames de Mers el Kebir, Dakar, la Syrie, Madagascar et l'Afrique du nord... La Grande Bretagne, refuge des gouvernements libres d'Europe fuyant la tyrannie nazie, est une véritable tour de Babel où se côtoient tous les soldats des nations opprimées par le totalitarisme, Belges, Polonais, Français, Grecs, Norvégiens, Yougoslaves, Néerlandais, Tchécoslovaques, Danois, Luxembourgeois, tous animés du désir de revanche et déterminés à combattre jusqu'à la victoire. Malgré la barrière de la langue, nous entretenons avec nos frères d'armes de la brigade commando, les britanniques, les norvégiens, les hollandais et les belges des relations de complicité et d'estime mutuelle, tous unis dans la confrérie fraternelle des bérets verts.

Remise du badge commando Modifier

Le 10 mai 1944, le contre-amiral d'Argenlieu, commandant les Forces Navales Françaises Libres en Grande Bretagne nous passe en revue. Nous percevons individuellement le nouveau badge officiel des commandos français, le numéro 87 est gravé sur mon insigne de bronze.

Le débarquement de Normandie Modifier

Les préparatifs Modifier

Le 23 mai, nous sommes transférés par voie ferrée vers une destination inconnue. Nous sommes mis au secret. Notre commando est sous les ordres du lieutenant colonel Dawson, patron du 4ème commando franco-britannique. Nous prenons connaissance et étudions nos futurs objectifs sur des cartes et maquettes anonymes. Certains d'entre nous reconnaissent les côtes normandes... Le N°4 commando doit débarquer sur la plage de Sword beach secteur Queen beach au lieu dit La Brèche. Notre mission, est de prendre d'assaut les défenses de la ville de Ouistreham, de s'emparer du port et des écluses à l'embouchure du canal de l'Orne et de rejoindre les paras de la 6th Airborne Division. Serons-nous nous montrer à la hauteur des événements ? Le 5 juin 1944, le très francophile général écossais Lord Lovat réunit la brigade comportant les n°3,4,6 et le 45ème Royal Marine commando et prononce un bref discours en anglais dont je devine le sens et termine en français sous les applaudissements par un retentissant « Demain, on les aura ! »

Embarquement sur les péniches Modifier

En début d'après midi, nous quittons le camp en camions vers un modeste port près de la rivière Hamble. La brigade commando embarque sur des barges,nous les commandos Kieffer embarquons sur deux péniches immatriculés 527 (Kieffer et son état major, la Troop 1 et la section K gun) et 523 (la Troop 8) des Landing Craft Infantry Small, et appareillons vers la haute mer, bercé par le son de la cornemuse du piper de Lord Lovat, le commando Bill Millin.

La traversée de la Manche Modifier

Est-ce le ronronnement bruyant des moteurs, la mer houleuse, le mal de mer ou l'anxiété du lendemain, mais peu d'entre nous trouvent le sommeil. Vers 4h30, distribution de café, de thé brûlant et de biscuits.

La flotte du débarquement Modifier

5 heures du matin, le jour se lève. Nous grimpons impatients sur le pont de la barge, une bise glaciale fouette nos visages. La vision inoubliable de centaines de navires de combat, de cargos, de barges de débarquement chargés de troupe et de matériel et protégés par des ballons de barrage nous galvanisent. Le ciel vibre, dans les airs des vagues de bombardiers dans un bruit terrifiant nous survolent. Nos LCI(s) ralentissent.

A l'assaut de la plage Modifier

Les premières salves de l'artillerie de la flotte alliés retentissent dans un vacarme assourdissant. Le débarquement débute... Nos barges les 527 et 523 suivis de celles de la brigade commando augmentent de vitesse. Nous capelons nos havresacs, bérets verts vissés sur le crâne, les mains crispées sur nos armes, les regards concentrés. Les minutes s'égrènent doucement ... Le cœur battant, sous un ciel bas et gris, nous nous rapprochons inexorablement de la côte. Mes compagnons, même les plus volubiles, sont étrangement silencieux. Les projectiles des barges lance-roquettes dans un fracas terrifiant bombardent la plage. Des destroyers déclenchent à tir tendu un feu d'enfer sur les batteries côtières allemandes. Plus que 500 mètres, trois cents mètres... Recroquevillés sur le pont, l'écume froide de mer balaye nos corps... angoissante attente avant l'action, visages tendus, nous voyons se dessiner sur la plage les mortels obstacles anti-débarquement et la silhouette enfumée des maisons normandes. A notre droite, des blindés anglais de la courageuse 1ère vague tirent rageusement sur les positions ennemies. D'autres, touchés, brûlent dans un sinistre crépitement. Les premiers obus allemands encadrent nos barges soulevant de hautes gerbes d'eau. Des traînés de balles traçantes multicolores percent l'horizon. 100 mètres, 50 mètres... Nos péniches dans un grondement sourd, moteur à plein régime foncent vers l'inhospitalière plage.

Nous touchons le sol de France Modifier

Dans un roulement de tôles ondulées nous abordons devant la plage de Colleville sur Orne. Des balles ennemies ricochent sur les superstructures métalliques de notre péniche. Sans hésiter, des commandos sautent dans la mer glaciale et en quelques brasses énergiques gagnent le sol de France. Je débarque avec les copains au moyen d'une passerelle métallique. De l'eau jusqu'à la poitrine, alourdi par mon havresac, je touche le rivage et me vautre sur la plage, le visage couvert du sable humide de Normandie. Le miaulement des balles de mitrailleuses sifflent, les corps des sapeurs anglais chargés du déminage tués ou blessés sont allongés face contre terre ou le visage tourné vers le ciel. Un nuage de fumée mélangé à l'acre odeur de poudre, de caoutchouc et de bois brûlé empeste l'atmosphère. Des obus de mortiers allemands foudroyent et soulèvent le sol. A notre gauche, un bunker allemand prend la plage en enfilade. Nous parcourons dans un « chacun pour soit » les 100 mètres de plage sous une intense mitraille et les éclats mortels des obus d'artillerie. Nous atteignons essoufflés la dune. Sur la barge 527, celle du Pacha, il y a eu de la casse, un obus allemand a explosé sur le côté tribord de la péniche, plusieurs commandos sont grièvement blessés ainsi que plusieurs officiers de la Troop 1. Après nous avoir débarqué, le commandant de notre barge appareille et par une audacieuse et courageuse manœuvre se met à couple de la 527 et transborde sur son pont nos camarades dont certains ont le visage et la tenue de combat éclaboussés du sang de nos frères d'armes. La troop 1, avec Kieffer débarquent sous un feu d'enfer, des hommes tombent, foudroyés par le tir ennemi. Kieffer est blessé à la cuisse. Une hécatombe. Sous nos regards angoissés, nos camarades courbés en zigzaguant de toute leur force franchissent la plage sous les éclats diaboliques de la mitraille. Encore des blessés.

Les combats de Ouistreham Modifier

Nous nous engouffrons dans la brèche d'un réseau de fils barbelés et trouvons refuge sur les murs protecteurs d'une ancienne colonie de vacances. Le Vieux malgré sa blessure (il s'agit de Kieffer, le Vieux est un surnom respectueux et affectueux donné par l'équipage d'un bâtiment ou d'une unité de la Marine Nationale à son commandant) prend le commandement et désigne les objectifs des Troop 1 et 8. Débarrassés de nos havresacs, nous progressons la Troop 8 de l'officier des équipages Lofi appuyée par une demi section de K gun, en file indienne vers les nids de résistance de la bande côtière. Des rafales de mitrailleuses et les déflagrations des obus se succèdent à cadence rapide. Notre groupe dégoulinant de transpiration, les poumons en feu se rue à l'assaut. Nos armes se mettent à cracher rageusement. Malgré les snipers et le feu nourri de l'ennemi, nous neutralisons avec vigueur plusieurs bunkers et positions allemandes. La Troop 1 et la section K gun, Kieffer en tête combattent avec acharnement et progressent rues par rues, de maisons en maisons et neutralisent avec le soutien d'un char centaure, le bunker du casino et les nids de résistances ennemis. Le Pacha est blessé une seconde fois. Premiers contacts avec de téméraires civils français. Découvrant notre nationalité, les normands manifestent un enthousiasme débordant de bonheur et de fierté, nous ne résistons pas à la tentation d'un verre de calvados de Normandie...

La route de Pegasus Bridge Modifier

Vers midi, rassemblement et appel des commandos. Comptabilité macabre de nos tués (une dizaine). Nous confions nos blessés (une trentaine) aux services médicaux britanniques. Ravitaillement en munitions effectué, nous progressons vers Bénouville, après un bref et violent accrochage dans le village de Colleville, nous atteignons Bénouville et traversons au pas de charge sous le sifflement des balles, couverts par l'enveloppe dense de fumigènes le pont de Pegasus Bridge et prenons contact avec les parachutistes de la 6th Airbone Division. Mission accomplie, nous comptons quelques blessés. Kieffer refuse l'évacuation médicale, sont état s'aggrave et le 8 juin 1944, il est évacué sanitaire sur l'angleterre.

La campagne de Normandie Modifier

Dans la soirée du 6 juin, nous prenons position à Amfreville. Nous érigeons de profonds abris et des bunkers de défense. Nous creusons des trous individuels et des tranchées. Pendant 90 jours de lutte, une pénible et épuisante guerre d'usure débute faite d'harcèlements, d'escarmouches, de bombardements, d'attaques et de contre-attaques, de patrouilles de jours et de nuits face à un ennemi combatif et inébranlable. Ce seront les combats de l'Epine, du Plein, du bois de Bavent infesté de mines, des forêts de Saint Gatien et Surville, la libération de Pont l'Evêque... Pendant cette période, des renforts et des copains blessés le 6 juin sont revenus renforcer notre effectif. Le 13 juillet, Kieffer, remis de ses blessures reprend le commandement. Son appétit d'action est intact. Le 1er septembre 1944, un détachement du commando Kieffer défile dans les rues d'un Paris à peine libéré. Fin de la campagne de Normandie. Le 7 septembre embarquement du commando pour la Grande Bretagne pour quelques semaines de repos suivi d'une remise opérationnelle de l'unité.

En Grande Bretagne septembre 1944 Modifier

Les communications rétablies avec les territoires libérés, j'expédie du courrier à ma famille au Mans et surtout vers Ploudalmézeau à ma fiancée Yvonne. Depuis ces longues années de séparation, ma fiancée Yvonne ne m'a-t-elle pas oublié ? Une quinzaine de jours plus tard, je reçois un courrier rassurant de mes parents et plusieurs lettres affectueuses d'Yvonne, toutes de tendresse. Elle attend mon retour avec impatience, hélas la guerre n'est pas finie. Kieffer analysant les conséquences de la campagne de Normandie, fait comme d'habitude le ménage et accepte quelques démissions spontanées... Reprise de l'entraînement : des nouveaux, motivés et enthousiastes, complètent notre effectif. De nouveaux combats nous attendent...

La campagne de Hollande Modifier

Début octobre 1944, notre commando est transféré dans le nord de la Belgique à proximité d'Ostende. Notre effectif d'une centaine de bérets verts français sous le commandement du capitaine de corvette Kieffer est divisé en deux troops commandés par les officiers Vourch et Lofi. Nous prenons connaissance de nos objectifs : s'emparer avec nos frères d'armes les commandos britanniques du colonel Dawson du port de la ville de Flessingue et de l'île de Walcheren puissamment défendus par 2000 soldats allemands. A l'aube du 1er novembre 1944, c'est une horde déchaînée, sous l'emprise d'une fureur guerrière destructive, ivre de revanche qui débarque à Flessingue. Après sept jours de combats intenses, féroces et sanglants... les garnisons de Flessingue et de l'île de Walcheren après avoir subis de lourdes pertes capitulent. Le général Eisenhower, commandant les forces alliées considère cette opération comme une des plus audacieuses, périlleuses et des plus braves de cette guerre. Pendant l'hiver 1944-1945, nous menons quelques raids de reconnaissance sur les côtes hollandaises et dans les lignes allemandes.

La capitulation allemande Modifier

Le 8 mai 1945, l'Allemagne nazie, devenu un champ de ruines capitule sans conditions. Le cauchemar est fini.

Prise d'armes à Paris Modifier

A Paris, dans la cour d'honneur du ministère de la Marine, le ministre, Monsieur Jacquinot remet au bataillon de fusiliers marins commandos son fanion : sur sa soie, sont cousus au fil d'or les noms de Dieppe, Sark, Jersey, Ouistreham, Amfreville, Bois de Bavent, ferme de l'Epine, Flessingue... Le ministre décore de la légion d'honneur et de la croix de guerre avec palmes le capitaine de corvette Kieffer et le colonel Dawson. Les hommes du commando ne sont pas oubliés, des décorations sont accrochées sur nos poitrines. Puis défilé dans les rues de Paris et dépôt de gerbes sur la tombe du soldat inconnu. A notre grand regret, Kieffer mélancolique, appelé à d'autres fonctions nous quitte, nous sommes orphelins.

Le début de la fin Modifier

Nous retournons en Allemagne à Recklinhaus pour garder et surveiller un camp où sont internés des responsables nazis. En juillet, après une dernière prise d'armes et un ultime défilé devant l'état major et nos camarades des commandos britanniques, nous gagnons la Grande Bretagne. Le début de la fin de notre épopée. Le commando est dissous.

La démobilisation Modifier

Une dernière visite médicale de congédiement, paiement de nos reliquats de solde, papiers administratifs de démobilisation et feuilles de route et de permissions délivrées, dernières poignées de mains échangées, nous nous séparons. Notre aventure appartient désormais à la grande histoire. Je m'arrête quelques jours au Mans pour embrasser mes parents, ma sœur et mes trois frères. Malgré les souffrances de l'occupation, tous ont un excellent moral. Dernières formalités de démobilisation à la Forest Landerneau près de Brest dans un ancien camp de l'organisation Todt transformé en centre démobilisateur.

Les années d'après guerre Modifier

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Juillet 1944, Yvonne et Pierre Ernault le jour de leur mariage le 8 août 1945

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Photo de famille









Et enfin, après cinq longues années de séparation, je retrouve avec un infini bonheur Yvonne. Le 8 août 1945, nous nous marions. Mon épouse donnera naissance à deux enfants. Je suis embauché par une importante compagnie maritime française. Je navigue sur toutes les mers du monde et mes dix dernières années professionnelles entre le golfe persique et les côtes européennes. Au début des années cinquante, le commandant Kieffer publie ses mémoires sous le titre laconique de Béret Vert, en parcourant les pages du livre, une immense nostalgie et une incommensurable mélancolie me submergent... Que sont devenus mes frères d'armes, Albert Archieri, Gautier, Houcourigaray etc... Dans l'euphorie de notre démobilisation et impatient de rejoindre nos proches, aucun d'entre nous à noter une adresse ou prévu un point de ralliement. J'apprends le décès, le 20 novembre 1962 à l'age de 62 ans, du capitaine de frégate Kieffer. Le vieux, le patron est mort, le pacha était un chef dans tous les sens du terme, il nous comprenait et nous respectait... Le cafard me gagne... Fin 1962, une superproduction cinématographique hollywoodienne « Le jour le plus long » sort sur les écrans français. Une séquence spectaculaire met en scène la prise du casino de Ouistreham. La France découvre qu'à l'aube du 6 juin 1944, une poignée de français, les armes à la main, a débarqué sur le sol de Normandie. A la projection en 1963, de cet excellent film, malgré quelques petites invraisemblances sur notre combat de Ouistreham, je ressens et pardonnez moi une légitime fierté. En 1974, je dépose « sac à terre » et perçois une pension de retraite de la marine marchande. Je n'ai guère le temps de jouer au vieux loup de mer, la casquette de marin breton vissée sur le crâne, les yeux embués par les souvenirs idylliques des rivages polynésiens ou de l'océan indien et des odeurs enivrantes des ports d'Asie et des Indes. On fait appel à mes compétences, juste pour quelques semaines, simplement pour rendre service, je me laisse tenter et j'accepte, je ne suis pas mécontent...

Le temps du souvenir Modifier

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Liste nominative des membres du commando Kieffer inscrite sur le métal du monument

Puis vient le temps des retrouvailles, avec mes anciens compagnons d'armes, les vétérans du commando Kieffer. Nous célébrons avec ferveur sur les lieux même de nos combats, les cérémonies du débarquement. Retrouvailles chaleureuses et émouvantes, nous avons physiquement bien changés... Nous sommes tous des soixantenaires et plus : grisonnants et bedonnants, à la démarche alourdie par les ans... J'ai du mal à reconnaître des camarades mais le son d'une voix, une expression comique et l'évocation d'histoires communes suffisent pour rétablir le lien. Les souvenirs fusent : les meilleurs et les plus tragiques. Le souvenir du Pacha est omniprésent. Chacun d'entre nous à une anecdote sur le Vieux, sur son anticonformisme dans le recrutement des hommes de son commando, ses inoubliables colères conséquences d'un exercice insatisfaisant et ses mémorables engueulades lors de dérapages dans la dignité, il y va de soit de certains de ses garçons dont il savait tempérer l'impétuosité et les ardeurs de jeunesse. Nous serons pour l'éternité les fils terribles et respectueux de cet indomptable meneur d'hommes que fut Kieffer, un patron, un seigneur de la guerre... En 1984, à Ouistreham, le président de la république, Monsieur François Mitterrand, inaugure le monument à la mémoire du commando Kieffer. Nos noms sont gravés sur le métal... L'émotion est palpable, quelques larmes coulent sur nos visages de vieux commandos burinés par les ans... Malgré les innombrables destructions, les milliers de civils tués et blessés, innocentes victimes des combats de la campagne de Normandie, les normands fabuleux et étonnants réservent à leur anciens libérateurs toutes nationalités confondues un accueil chaleureux et enthousiaste, impressionnant exemple de dignité. Nous les vieux Kieffer, mais cela restera entre nous, nos joues outragées par les ans laissent couler quelques larmes d'affection, de fierté et d'éternelle reconnaissance au peuple de Normandie...

Le 60ème anniversaire du débarquement et épilogue Modifier

En 2004, pour le soixantième anniversaire des cérémonies du débarquement de Normandie, des croix de chevalier de la Légion d'Honneur sont attribuées aux non «cravatés» du commando Kieffer. Le samedi 5 juin 2004 à Ouistreham, mes camarades François Andriot, Paul Chouteau, Georges Costes, Eugène Guinebault, Jean Masson et René Rossey reçoivent les insignes de chevalier dans l'ordre de la Légion d'Honneur. Francis Guézennec est décoré le 6 juin par le président de la république, Monsieur Jacques Chirac. Marcel Meudal est fait chevalier à son domicile de Pleubian dans les Côtes d'Armor. Début octobre, le discret Marcel Madec, vétéran des campagnes de Normandie et de Hollande se voit remettre la croix au Cloître Pleyben, petit village du Finistère. Le 18 juin 2004, jour anniversaire de l'appel historique du général De Gaulle, dans la salle d'honneur de la mairie de Ploudalmézeau, le contre-amiral (2ème section) Edouard Talarmain, vétéran des Forces Françaises Libres, me remet les insignes de chevalier dans l'ordre de la Légion d'Honneur. Baisers affectueux de mon épouse Yvonne, regards rayonnants de fierté de mes enfants et petits enfants, congratulations et félicitions de ma nièce, Marguerite Lamour, député-maire de Ploudalmézeau, des membres du conseil municipal, d'amis sincères et de quelques anciens commandos Kieffer, Francis Guezennec, René Lossec et Marcel Madec... J'ai du mal à dissimuler mon émotion... Tout a une fin. Les années passent. Les vétérans du commando Kieffer malgré leur appétit de vivre, les uns après les autres quittent la terre nourricière pour le monde de l'espérance. Au paradis des anges, avec nos camarades britanniques du commando numéro 4, ivres de joie et de vitalité vous connaissant bien, vous devez semer la pagaille. Mais Dieu dans sa grande sagesse vous pardonne beaucoup, parait-il ? Mes compagnons d'armes, mes frères vous m'attendez... Soyez patients, mon tour viendra et bientôt nous serons de nouveau réunis, nous les Kieffer, les commandos du 6 juin 1944...

PierreErnaultentenue2009

Pierre Ernault en 2009

Médailles PE

Les Médailles de Pierre Ernault













Notes et références Modifier

Liens externes et sources Modifier

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